Pourquoi le corps est le premier langage du bébé.

Pourquoi le corps est le premier langage du bébé.

Apaiser, contenir et sécuriser dès les premiers mois

Temps de lecture : 9 min

Avant de parler, avant même de penser, le bébé ressent. 

Il ressent dans son corps : les tensions, la chaleur, le contact, la présence ou l’absence de l’adulte. 

Ces premières expériences corporelles constituent le socle de la sécurité affective et du développement émotionnel.

Psychologue en formation, je m’intéresse particulièrement aux interactions entre le cerveau, la vie psychique et l’environnement. 

Mon approche s’inscrit dans une compréhension relationnelle et développementale du sujet, avec un intérêt marqué pour le trauma chez l’enfant, les processus de symbolisation et l’accompagnement vers une meilleure compréhension de soi. 

Je souhaite partager ici une idée centrale de la psychologie du développement :

Le corps est le premier lieu de sécurité du bébé.

Comprendre cela transforme profondément la manière d’accompagner les tout-petits… et leurs parents.

 

I. Le bébé ressent avant de comprendre

À la naissance, le système nerveux du bébé est encore immature. 

Il ne peut pas :

❌ réguler seul ses émotions,

❌ donner du sens à ce qu’il vit,

❌ se calmer de manière autonome.

En revanche, il perçoit intensément :

✅ les variations de tonus,

✅ les changements de rythme,

✅ la qualité du toucher,

✅ la continuité ou la rupture de la présence adulte.

Les premières expériences du bébé sont donc corporelles et sensorielles, avant d’être psychologiques ou verbales.

Le bébé vit des états internes, qui deviendront progressivement des émotions et un sentiment de soi.


II. La mère suffisamment bonne : un appui pour le corps et le psychisme

Le pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott a profondément marqué la compréhension du développement précoce avec le concept de mère suffisamment bonne. Il ne s’agit pas d’une mère parfaite, mais d’un adulte capable de s’adapter de manière suffisamment ajustée et régulière aux besoins du bébé. Winnicott écrit :

« Le nourrisson ne peut pas exister seul ; il fait essentiellement partie d’une relation. »

(De la pédiatrie à la psychanalyse)

À travers le portage, les soins corporels, le toucher, la voix et la régularité du quotidien, l’adulte permet au bébé :

1. De ne pas être débordé par ses sensations.

Idée clinique : le bébé ne peut pas encore réguler seul ce qu’il ressent dans son corps.

Exemple 1 : Quand un bébé a très froid, très faim ou très peur, tout arrive en même temps dans son corps, comme si le bruit était trop fort dans sa tête. Quand l’adulte le prend contre lui, lui parle doucement et le berce, c’est comme s’il baissait le volume pour lui.

Structuration psychique : La régulation émotionnelle et sensorielle est d’abord externe.

2. D’éprouver une continuité d’existence

Idée clinique : le bébé n’a pas encore le sentiment d’être “le même” d’un moment à l’autre.

Exemple 2 : Quand le bébé se réveille et que chaque jour quelqu’un vient le chercher, lui parle avec la même voix et prend soin de lui de la même façon, il comprend peu à peu que le monde ne disparaît pas quand il ferme les yeux, et que lui aussi continue d’exister d’un moment à l’autre.

Structuration psychique : Construction de la permanence psychique et du sentiment de sécurité.

3. D’habiter progressivement son corps

Idée clinique : le corps n’est pas encore vécu comme un espace unifié.

Exemple 3 : Quand on lave un bébé en lui touchant doucement les bras, le ventre, les jambes, en nommant ce qu’on fait, il découvre peu à peu que tout cela fait partie de lui. Son corps n’est plus juste des sensations séparées, mais un endroit où il peut se sentir chez lui.

Structuration psychique : Intégration du schéma corporel et appropriation du corps vécu.

L’adulte agit alors comme un contenant, à la fois corporel et psychique, permettant au bébé de transformer ses expériences sensorielles et émotionnelles en vécus supportables et organisés.

Ces repères sont aujourd’hui largement mobilisés par les professionnels de la petite enfance pour soutenir le lien, la sécurité émotionnelle et le développement psychique.


III. Toucher, objets et rituels : une fonction psychologique essentielle

Les rituels du quotidien (bain, change, coucher) et les objets sensoriels ne sont pas de simples accessoires de confort.

Ils remplissent une fonction psychologique majeure :

  • ils rendent le monde prévisible,
  • ils sécurisent le système nerveux,
  • ils offrent au bébé des repères corporels stables

Winnicott souligne que c’est la répétition d’expériences suffisamment bonnes qui permet au bébé de développer un sentiment de sécurité interne, base du futur sentiment de soi. 

Les objets et rituels pensés avec soin,  comme ceux proposés par Prun'Elle Box, ne remplacent jamais la relation, mais la soutiennent, en offrant un environnement cohérent et sécurisant. 

Ils n’ont de valeur que lorsqu’ils s’inscrivent dans une relation vivante, attentive et ajustée aux besoins du bébé.


IV. Pour les parents : inutile d’être parfait

De nombreux parents se demandent :

« Est-ce que je fais ce qu’il faut ? »« Pourquoi mon bébé pleure alors que je suis présent.e? »

La notion de mère ou parent suffisamment bon est rassurante : il n’est pas nécessaire d’être parfait, mais suffisamment présent, cohérent et attentif. 

Informer les parents, c’est aussi leur permettre de repérer quand un soutien supplémentaire peut être nécessaire, et de s’autoriser à demander de l’aide auprès de professionnels qualifiés.

Conclusion

Avant les mots, avant les règles éducatives, avant même les intentions conscientes, le bébé a besoin de se sentir en sécurité dans son corps. 

C’est là que naît le sentiment d’exister.

C’est là que se construit le lien.

 

Pour aller plus loin

Psychologie et psychanalyse : 

Donald W. Winnicott – De la pédiatrie à la psychanalyse

Donald W. Winnicott – Jeu et réalité

Boris Cyrulnik – Les nourritures affectives


Signature

Endjy WORREL, 

Psychologue en formation

Engagée dans des projets psycho-éducatifs, j’accompagne les parents dans la compréhension du vécu émotionnel et psychique de leur enfant, en proposant des repères pour soutenir la régulation émotionnelle et orienter vers des professionnels lorsque cela est nécessaire.

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